Puis l’aéroport : formalités très simples, accueil
charmant. On nous ouvre une nouvelle file... ou même on va compléter mon
formulaire en souriant, au lieu de nous rudoyer comme a Bangkok, saturée de
touristes au point de ne plus même paraître « le pays du
sourire » : la Birmanie peut aspirer au titre !
Enfin, dehors : déjà sensible, l’inflation des taxis
(+30% en 15 jours) et surtout dès qu’on démarre, l’évidente désolation de la
végétation : cette ville était la capitale la moins polluée et la plus verte
d’Asie, malgré 6 millions d’habitants : elle est dévastée ! À part
les flexibles cocotiers (voir une fable apocryphe de La Fontaine « Le manguier
et le cocotier »), les ¾ des arbres, peu enracinés en climat tropical
faute d’humus, ont été renversés, et encombrent les trottoirs éventrés quand
ils ne sont pas encore débités en bois de cuisine.
Ajoutez la boue, car il a plu tous les jours depuis, et
vous imaginerez le triste spectacle. Désolation, mais pas chaos : la vie a
repris ses droits et les maisons de thé le servent parfois par-dessus un tronc
abattu, mais l’ambiance est plus grave, et des photos du désastre au sud
circulent au marché, et entretiennent la colère sourde des gens… sans qu’on
puisse en déduire que la révolte est proche. Le plébiscite ayant été repoussé
dans tout le sud a ce samedi 24, ce matin circule dans notre quartier une
camionnette officielle qui appelle les citoyens… à remettre leur
procuration ! Fera-t-on mieux ainsi que les 92% de oui du 1er
vote ?! Ce samedi matin fonctionnaient partout - jusque dans la courette de notre immeuble - des bureaux de vote avec
musique et rafraichissements : mieux
organisés que les camps de réfugiés, qui d'ailleurs sont déjà renvoyés
dans leurs foyers, pourtant ravagés, avec une bache plastique de 2m et
du riz.. pour un jour. (Et j'allais oublier le sel, dont l'importance
n'échappait pas non plus au Fernand Raynaud de "chuis qu'un
pauvr'paysan")
Pourtant je suis heureux d’être de retour après leur épreuve
parmi ces Birmans courageux et si endurants, occupés à rebâtir leurs frêles
baraques et leurs vies brisées par la nature sauvage - aggravée par
l’imprévoyance et le mépris de leurs autorités.
J’ai appris hier soir d’un ami la situation dans le
delta, mélange d’horreur et d’espoir, et voici quelques détails peu en accord
avec ce que rapportent les journaux occidentaux, selon lesquels rien ne se
ferait et l‘armée des humanitaires serait réduite à s’impatienter aux portes du
pays devant bières et TV ...
En fait les paparazzi se sont tous envolés vers la Chine
(la concurrence !), tandis qu’ici sont présentes et très actives la
vingtaine d’ONG agréées avant le cyclone, appuyées sur l’ONU (170 agents
ici !) et l’UNICEF qui ont suspendu tous leurs programmes habituels pour se consacrer efficacement à la coordination des secours.
Parlons des carences birmanes. Là encore, n’exagérons
rien : si le géronte régnant a fait passer la pauvre feuille de route de
sa caricature de démocratie avant la
survie de son peuple, ce ne fut le cas ni de l’armée, très active dès le
surlendemain, et qui a aussitôt réparé les routes et ponts du sud, ni surtout le cas de la Croix-Rouge
birmane, dont tous ici louent l’efficacité et le dévouement. Maigre
contrepartie positive de l’espionite ambiante, elle peut en effet disposer des
listes d’habitants par maison, et répartit fort justement les secours, y
compris souvent ceux qui sont importés : car de nombreux avions sont
arrivés, et le ministre nous a détaillé
les tonnages reçus par chaque organisme ou ONG, non sans reconnaître qu’on ne
pourrait les sortir des entrepôts sans leur supervision.
Les pompiers et beaucoup de privés birmans aident aussi…Et par ex. des hommes d’affaires
envoient sur place des camions chargés de riz (car sur place, détrempé, il a
pourri), et autres vivres, des accessoires de cuisine et d’hygiène, des bâches
plastiques. Enfin les monastères servent le plus souvent d’abris, et d’autant
plus que les écoles doivent être prêtes (doutes..) pour la rentrée début juin –
et dés ce samedi hébergeaient les opérations de vote…
Le grand problème, c’est que la plupart des villages ne
sont accessibles que par bateau, non
encore autorisés, et bien des hameaux seulement en pirogue. Ils sont trop
isolés dans le lacis touffus du delta pour avoir encore été touchés par les
secours. Et l’on doit dés à présent inclure le chiffre des disparus dans
celui des morts, qui donc frise les 200 000... tandis qu’il y aurait 2,4
millions de sinistrés... recensés !
Hors tsunami, NARGIS est donc la pire catastrophe
survenue dans le monde depuis plus de 15 ans, lorsque des inondations... au
Bangladesh voisin y avaient fait plus de 600 000 victimes.
C'est pourquoi Partenaires se devait de réagir rapidement.
Grâce à vous, nous commençons à travailler dans le durement touché district de Shwe Pyi Tha à Yangon où nous avons commencé la distribution de 7500 kit d'urgence et la réparation de 1500 pompes et toilettes, avec éducation à l'hygiène et à la santé. Très vite, nous nous occuperons des écoles, sans toits ni ressources à la veille de la rentrée scolaire.
Bravo pour votre soutien à tous, car il n’est pas si
facile d’aider à bon escient dans l’incertitude ambiante, ni d’y préserver
l’indépendance ET L’UTILITE PROPRE de PARTENAIRES.
Christian Raymond,
Président-Fondateur de Partenaires