rss.png Cliquez sur l'icône RSS pour vous abonner aux derniers articles du site de Partenaires.
Edito: En Birmanie après Nargis Version imprimable Suggérer par mail
24-05-2008
Image

D’abord, la vue du ciel : dès mon retour dimanche 18 mai 2008 à Yangon, moins touchée que le delta par le cyclone du 3, et dont le paysage est d'ordinaire semé des miroirs des rizières, la différence sautait aux yeux - même 15 jours après le désastre : cette fois ce sont les terres émergées qui semblaient trouer un miroir géant…

Puis l’aéroport : formalités très simples, accueil charmant. On nous ouvre une nouvelle file... ou même on va compléter mon formulaire en souriant, au lieu de nous rudoyer comme a Bangkok, saturée de touristes au point de ne plus même paraître « le pays du sourire » : la Birmanie peut aspirer au titre !

Enfin, dehors : déjà sensible, l’inflation des taxis (+30% en 15 jours) et surtout dès qu’on démarre, l’évidente désolation de la végétation : cette ville était la capitale la moins polluée et la plus verte d’Asie, malgré 6 millions d’habitants : elle est dévastée ! À part les flexibles cocotiers (voir une fable apocryphe de La Fontaine « Le manguier et le cocotier »), les ¾ des arbres, peu enracinés en climat tropical faute d’humus, ont été renversés, et encombrent les trottoirs éventrés quand ils ne sont pas encore débités en bois de cuisine.

Ajoutez la boue, car il a plu tous les jours depuis, et vous imaginerez le triste spectacle. Désolation, mais pas chaos : la vie a repris ses droits et les maisons de thé le servent parfois par-dessus un tronc abattu, mais l’ambiance est plus grave, et des photos du désastre au sud circulent au marché, et entretiennent la colère sourde des gens… sans qu’on puisse en déduire que la révolte est proche. Le plébiscite ayant été repoussé dans tout le sud a ce samedi 24, ce matin circule dans notre quartier une camionnette officielle qui appelle les citoyens… à remettre leur procuration ! Fera-t-on mieux ainsi que les 92% de oui du 1er vote ?! Ce samedi matin fonctionnaient partout - jusque dans la courette de notre immeuble - des bureaux de vote avec musique et rafraichissements : mieux organisés que les camps de réfugiés, qui d'ailleurs sont déjà renvoyés dans leurs foyers, pourtant ravagés, avec une bache plastique de 2m et du riz.. pour un jour. (Et j'allais oublier le sel, dont l'importance n'échappait pas non plus au Fernand Raynaud de "chuis qu'un pauvr'paysan")

Pourtant je suis heureux d’être de retour après leur épreuve parmi ces Birmans courageux et si endurants, occupés à rebâtir leurs frêles baraques et leurs vies brisées par la nature sauvage - aggravée par l’imprévoyance et le mépris de leurs autorités.

J’ai appris hier soir d’un ami la situation dans le delta, mélange d’horreur et d’espoir, et voici quelques détails peu en accord avec ce que rapportent les journaux occidentaux, selon lesquels rien ne se ferait et l‘armée des humanitaires serait réduite à s’impatienter aux portes du pays devant bières et TV ...

En fait les paparazzi se sont tous envolés vers la Chine (la concurrence !), tandis qu’ici sont présentes et très actives la vingtaine d’ONG agréées avant le cyclone, appuyées sur l’ONU (170 agents ici !) et l’UNICEF qui ont suspendu tous leurs programmes habituels pour se consacrer efficacement à la coordination des secours.

Parlons des carences birmanes. Là encore, n’exagérons rien : si le géronte régnant a fait passer la pauvre feuille de route de sa caricature de démocratie avant la survie de son peuple, ce ne fut le cas ni de l’armée, très active dès le surlendemain, et qui a aussitôt réparé les routes et ponts du sud, ni surtout le cas de la Croix-Rouge birmane, dont tous ici louent l’efficacité et le dévouement. Maigre contrepartie positive de l’espionite ambiante, elle peut en effet disposer des listes d’habitants par maison, et répartit fort justement les secours, y compris souvent ceux qui sont importés : car de nombreux avions sont arrivés, et le ministre nous a détaillé les tonnages reçus par chaque organisme ou ONG, non sans reconnaître qu’on ne pourrait les sortir des entrepôts sans leur supervision.

Les pompiers et beaucoup de privés birmans aident aussi…Et par ex. des hommes d’affaires envoient sur place des camions chargés de riz (car sur place, détrempé, il a pourri), et autres vivres, des accessoires de cuisine et d’hygiène, des bâches plastiques. Enfin les monastères servent le plus souvent d’abris, et d’autant plus que les écoles doivent être prêtes (doutes..) pour la rentrée début juin – et dés ce samedi hébergeaient les opérations de vote…

Le grand problème, c’est que la plupart des villages ne sont accessibles que par bateau, non encore autorisés, et bien des hameaux seulement en pirogue. Ils sont trop isolés dans le lacis touffus du delta pour avoir encore été touchés par les secours. Et l’on doit dés à présent inclure le chiffre des disparus dans celui des morts, qui donc frise les 200 000... tandis qu’il y aurait 2,4 millions de sinistrés... recensés !

Hors tsunami, NARGIS est donc la pire catastrophe survenue dans le monde depuis plus de 15 ans, lorsque des inondations... au Bangladesh voisin y avaient fait plus de 600 000 victimes.

C'est pourquoi Partenaires se devait de réagir rapidement.
Grâce à vous, nous commençons à travailler dans le durement touché district de Shwe Pyi Tha à Yangon où nous avons commencé la distribution de 7500 kit d'urgence et la réparation de 1500 pompes et toilettes, avec éducation à l'hygiène et à la santé. Très vite, nous nous occuperons des écoles, sans toits ni ressources à la veille de la rentrée scolaire.

Bravo pour votre soutien à tous, car il n’est pas si facile d’aider à bon escient dans l’incertitude ambiante, ni d’y préserver l’indépendance ET L’UTILITE PROPRE de PARTENAIRES.

Christian Raymond,
Président-Fondateur de Partenaires

 
< Précédent   Suivant >
Plan du Site | Mentions Légales